Des barbelés au-dessus de l'enceinte du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, en Gironde, le 20 novembre 2025 ( AFP / Philippe LOPEZ )
Manque de médecins, manque de profs... Sept députés de gauche se sont rendus dans des lieux de détention pour mineurs à travers toute la France, notamment à Porcheville (Yvelines) et Gradignan (Gironde) pour constater la manière dont près de 800 détenus de moins de 18 ans sont traités.
"On veut documenter la réalité des conditions d'incarcération, d'exécution des peines de ces mineurs-là", a déclaré à l'AFP le député écologiste Pouria Amirshahi, à l'initiative de ces visites, devant le centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan inauguré il y a deux ans.
"Je m'inquiète toujours de voir des jeunes qui sont là en attente d'un jugement. Alors il y a peut-être des flagrants délits, mais l'incarcération, l'enfermement ça doit être une exception", a-t-il ajouté, déplorant des "difficultés par manque d'effectifs".
En cette période de vacances scolaires de la zone bordelaise, peu de pas résonnent sur le sol carrelé des couloirs et Pouria Amirshahi n'a pu rencontrer que quatre détenus sur les 19 écroués.
En temps normal, ils sont regroupés par petits groupes d'âge dans une salle de classe équipée d'une carte de France, d'un tableau blanc, d'une frise chronologique.
- Encore des enfants -
Les 787 mineurs détenus au 1er janvier 2026, selon les chiffres du ministère de la Justice, sont répartis entre les 43 quartiers pour mineurs implantés au sein de maisons d'arrêt et six établissements pénitentiaires dédiés, comme à Porcheville.
Ces derniers n'accueillent que des détenus de moins de 18 ans.
"Adapter complètement un établissement à des mineurs est de nature à les protéger davantage que d'être dans des centres pénitentiaires trop grands, où ils sont confrontés à des publics complètement différents", assure à l'AFP Benjamin Lucas, député Génération.s des Yvelines venu visiter l'établissement de Porcheville.
"A 13, 14, 15 ans, on est encore un enfant", rappelle-t-il.
L'établissement accueille un maximum de 59 détenus de 13 à 18 ans - 53 mineurs étaient présents au moment de la visite du député.
Les équipes d'éducateurs, de professeurs et de soignants tentent de limiter au maximum le temps passé en cellule, qui peut descendre à deux à trois heures en journée pour les détenus "qui se conduisent bien", affirme un surveillant parlant sous couvert d'anonymat.
Mais aucun pédopsychiatre ne travaille avec l'établissement depuis le départ du dernier, en 2020.
En cas d'alerte sur la santé mentale d'un des adolescents, une des cellules a été transformée en cellule de protection d'urgence opérationnelle (CProU): TV et éclairage vitrés, fenêtre sans poignée...
"Une personne ne peut être mise en CProU uniquement si on a la garantie qu'il y a une prise en charge médicale dans les heures qui suivent", précise le directeur de l'établissement, qui préfère ne pas donner son nom.
Pourtant, un adolescent de 16 ans s'est pendu en 2024. Selon un surveillant, aucun signe n'avait permis de donner l'alerte à l'équipe et il n'avait donc pas été placé en CProU.
- "Renouer le lien avec l'école" -
Les jeunes incarcérés continuent par ailleurs leur scolarité avec une équipe d'une dizaine d'enseignants: ils suivent deux à quatre heures de cours par jour.
"On a des élèves qui ont des conditions de TDAH (trouble du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité, NDLR). Les tenir en cours, c'est pas possible", explique une enseignante, parlant sous couvert d'anonymat, comme ses autres collègues interrogés par l'AFP.
Mais selon elle, certains élèves arrivent à s'accrocher pour obtenir leurs diplômes. Les enseignants s'attèlent, pour les autres, à "renouer le lien avec l'école", quitte à adapter les emplois du temps entre "ceux qui vont sortir, le niveau de ceux qui arrivent, ceux qui ne peuvent pas se croiser et ceux qui se sont croisés, malheureusement", dit-elle.
Devant le député, les enseignants énumèrent leurs projets: écriture d'un recueil de nouvelles, partenariat avec une librairie, confection et vente de savons...
"On réinvestit l'argent sur les élèves sortants" pour leur payer des formations ou des heures de conduite, explique une autre enseignante.
Un de ses collègues reconnaît qu'après avoir fait cinq autres établissement pénitentiaires, il n'a "jamais été aussi bien", mais il ne veut pas pour autant peindre un tableau trop édulcoré. "On a des gamins qui sont parfois un peu durs. On a un collègue qui est parti après avoir reçu des menaces de mort".

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